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Musique
Mardi 23 octobre > 20h15

LES CRIS DE PARIS - GEOFFROY JOURDAIN - LA CAGE - ALIÉNOR DAUCHEZ

L’Ailleurs de l’autre

 

Aliénor Dauchez et Geoffroy Jourdain nous offrent un voyage ethno-musical aux confins des sonorités et chants oubliés du monde. Sans temporalité précise, mais comme projetées dans un monde futuriste, quatre chanteuses-performeuses, étrangement vêtues, découvrent des documents sonores dont elles semblent ignorer l’origine. Une expérience vocale inédite où se métissent des identités culturelles, des rituels inconnus, des chants aux fonctions sociales multiples, questionnant autant la technique vocale que l’écriture musicale. À la découverte d’un ailleurs qui réinterroge notre relation à la justesse et au beau...

 

  « À l’heure de la mondialisation sauvage, les technologies nous permettent certes de découvrir et de conserver plus facilement ce patrimoine, mais en même temps, elles contribuent à sa disparition. Prenons une flûte accordée d’une certaine façon dans les montagnes du Simien, en Éthiopie : avec l’arrivée des routes, de la radio, d’Internet, l’oreille des populations se tempère… et les trous de la flûte se mettent à équidistance. On ne peut rien contre cette acculturation.» Geoffroy Jourdain

 

 

Bord plateau : rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation

 

 

Avec Anaël Ben Soussan, Marie Picaut, Camille Slosse, Michiko Takahashi, Maud Morillon et Florence Laforge

Mise en scène : Aliénor Dauchez
Conception musicale : Geoffroy Jourdain

Régie générale : Eric Gaulupeau
Régie son : Mathieu Ferrasson
Habilleuse : Florence Laforge

Musiques vocales de Laponie, du Burkina-Faso, du Cameroun, de Centrafrique, de Madagascar, de Mongolie, du Tibet, d’Inde du Sud, des Iles Salomon… Avec une composition originale de Hanna Eimermacher

Dramaturgie : Fabienne Vegt

Costumes : Aliénor Dauchez et Miriam Marto
Scénographie et création lumières : Michael Kleine
Assistante à la mise en scène : Maud Morillon

Production

Production : Les Cris de Paris / La Cage
Création française à L’Opéra de Reims - Création allemande au Radialsystem V, Berlin
Coproduction : Opéra de Reims / Théâtre des Quatre Saisons, Gradignan
Avec le soutien de : Hauptstadtkulturfonds Berlin / Impuls neue Musik
et du Nouveau théâtre de Montreuil – Centre Dramatique National
et de MNL - Musique Nouvelle en Liberté

Pour l’ensemble de leurs activités, Les Cris de Paris sont aidés par le Ministère de la Culture et de la Communication- DRAC d’Île-de-France, ainsi que par la Ville de Paris. Ils sont soutenus par la Fondation Bettencourt Schueller et par Mécénat Musical Société Générale. Les Cris de Paris bénéficient également d’un soutien annuel de la Sacem, de musique nouvelle en liberté et du soutien ponctuel de la Fondation Orange, de l’Onda, de la Spedidam, de l’Adami, du FCM et de l’Institut Français. Ils sont membres de Futurs Composés, de la Fevis, et du Profedim. Ils sont « artistes associés » de la Fondation Singer-Polignac.

Ils sont en résidence artistique en Région Grand Est, via l’Opéra de Reims, au Centre des Arts d’Enghien-les-Bains, et Artistes Associés du Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines

1h15

Tarifs : Loc A : 20 € | Loc B : 16 € | Loc C : 12 € | Loc D : 8 € 
Abt : 16 €

TELERAMA
Les Cris de Paris,
un laboratoire musical qui fait chanter l’ethnologie

 

Faire revivre des chants inuits ou pygmées après avoir chanté Vivaldi et Ligeti, et embarquer des ados dans le projet en les faisant jouer aux ethnomusicologues, tel est le nouveau pari de l’ensemble vocal les Cris de Paris. Gonflé et bluffant.

Quel territoire inattendu que celui où s'aventurent Les Cris de Paris, dans leur spectacle L'Ailleurs de l'autre ! On savait cet ensemble vocal capable d'explorer tous les arpents de la musique savante, qu'elle soit ancienne, romantique, contemporaine ou baroque – on pense à ces chefs-d'œuvre sacrés de Vivaldi que la partie féminine du chœur avait nimbés de lumière dans Les Orphelines de Venise (éd. Ambronay, 2016).

Mais voilà qu'il élargit encore son domaine d'investigation en allant exhumer des chants dans les archives du musée du quai Branly, dans une démarche à la fois ethnographique et performative. Litanies lancinantes, appels de bergers, joutes vocales débridées… on voyage ici des eaux turquoises des Salomon aux glaciers du monde inuit en passant par les verts pâturages du Pays basque. Et le résultat est saisissant. Avec une puissance, une précision et un naturel confondants, les filles des Cris donnent à entendre des intervalles et des effets vibratoires proprement inouïs.

Bestiaire musical

Exemple avec ces « hoquets » pygmées soufflés dans des bouteilles de « Kro », où alternent voix de tête et voix de poitrine, façon yodel tyrolien. Hululements, piaillements, feulements et autres râles animaux y côtoient des polyrythmies et des polyphonies d'une complexité insondable, comme expectorés par ces cinq chanteuses aux pieds nus, et que chacune a retranscrits à sa sauce, sans passer par le solfège, à l'aide de petits graphiques et de systèmes de notation ad hoc.

Des chants rituels qui, sans leur concours, auraient peut-être sombré dans les oubliettes de l'histoire sonore ? « Les chanteuses se retrouvent à produire des sons que leurs profs ne leur auraient jamais autorisés, observe Geoffroy Jourdain, directeur artistique. Ce travail remet donc en question notre rapport à la technique vocale et à l'écriture musicale, mais aussi à la mémoire, à la fragilité de l'immatériel. A l'heure de la mondialisation sauvage, les technologies nous permettent certes de découvrir et de conserver plus facilement ce patrimoine, mais en même temps, elles contribuent à sa disparition. Prenons une flûte accordée d'une certaine façon dans les montagnes du Simien, en Ethiopie : avec l'arrivée des routes, de la radio, d'Internet, l'oreille des populations se tempère… et les trous de la flûte se mettent à équidistance. On ne peut rien contre cette acculturation », conclut ce musicologue de formation.

“Relativiser les notions de justesse et de beau”

« Cela nous pousse à relativiser les notions de justesse et de beau », estime pour sa part la soprano Camille Slosse, qui voit dans ce projet « un laboratoire vocal ». Et qui a besoin avant chaque concert de « se réimprégner de ses modes musicaux », car, entre temps, dit-elle, son oreille « s'est réhabituée à la gamme tempérée [notre division de l'octave en douze demi-tons égaux], qui est une construction purement culturelle [en l'occurrence de l'Europe baroque]. »

Or ce laboratoire, les Cris de Paris ont eu la bonne idée de l'étendre au milieu scolaire. Un second projet, contigu à L'Ailleurs de l'autre, a été lancé sous le nom de code « Lullaby », réunissant trois lycées de région parisienne (Gustave-Monod à Enghien-les-Bains, Jean-de-La-Fontaine à Paris 16e et Auguste-Renoir à Asnières-sur-Seine).

Le principe ? Les élèves du premier établissement sont allés collecter, micro en main, des airs traditionnels auprès des pensionnaires d'une maison de retraite, des jeunes migrants de leur lycée et des enfants d'une école maternelle. Puis ils les ont transmis à leurs camarades des deux autres lycées. Lesquels les ont arrangés afin de les réinterpréter à leur tour. Circulent ainsi, de bouche à bouche, des comptines pakistanaises, des berceuses vietnamiennes, des chants de mariage kurdes…

La mélodie folklorique des banlieues

Une posture qui n'est pas sans rappeler celle d'un Béla Bartók, lorsqu'il courait les villages de Hongrie pour y récolter des mélodies folkloriques et en nourrir ses duos pour violon – il existe d'ailleurs de très émouvants enregistrements, réalisés vers 1900 par le compositeur lui-même, que les élèves ont pu écouter.

En tirant une chaîne qui court depuis les gorges des paysannes de Bartok jusqu'aux « técis » du 9-2, les Cris de Paris posent alors un acte éminemment politique. Et font coup double. Ils nous montrent comment l'artiste peut redonner vie à des voix en voie d'extinction, et en même temps montrent la voie dans la vie de la cité.

Par Sébastien Porte - Publié le 13/04/2018. Mis à jour le 14/04/2018 à 16h14.

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